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Fermeture des voies sur Berges

Conseil de Paris des 26 et 27 septembre 2016
Intervention de Florence BERTHOUT, Maire du Ve arrondissement
Dans le cadre du débat sur la piétonisation des voies sur berges

Madame la Maire, la commission d’enquête publique sur le projet de fermeture à la circulation automobile de la voie Georges Pompidou a publié son rapport le 22 août dernier. Le verdict est sans appel ! Fait rarissime, l’avis est totalement défavorable.

Autre fait rarissime, et à ma connaissance sans précédent à Paris, vous avez choisi de traiter les membres de cette commission ainsi que toutes les personnes ayant contribué à l’enquête publique avec le plus grand mépris, en passant outre les conclusions de la commission, lesquelles sont pour le moins inquiétantes :

·         Les 3/4 des contributions sont opposées au projet ;

·         Le périmètre d’enquête que vous avez imposé ne prend pas en compte les arrondissements subissant des reports de circulations, en particulier les arrondissements limitrophes des 7e, 6e et 5e arrondissements ;

·         La pollution risque fort d’augmenter du fait d’un trafic accru et ralenti (mes administrés dans le Ve le vivent à pleins poumons, hélas, depuis la rentrée) ;

·         L’intérêt du projet dépasse les limites de Paris et en conséquence, il ne peut se faire sans concertation avec les communes concernées ;

·         Enfin, les impacts économiques d’un tel projet seront négatifs… ;

Les conclusions sont sans appel, mais vous passez outre… Triste déni de démocratie, quand hier encore, vous faisiez la leçon à un certain Emmanuel MACRON à propos des zones touristiques internationales. « Votre démarche, disiez-vous, n’est fondée sur aucune étude d’impact et ne prévoit pas de véritable retour d’expérience… ». Vous parliez alors d’une décision « hâtive, dirigiste, centralisée et imposée aux élus ». C’est exactement ce que vous faites aujourd’hui.

Ce débat, vous le refusez non seulement aux citoyens, mais également aux élus franciliens.

Or, comme l’a très justement rappelé la Présidente de la Région Ile de France, la voie Georges Pompidou est une « infrastructure d’intérêt régional » avec une circulation comparable à celle d’une route nationale.

Des milliers de Franciliens empruntent cette voie pour aller travailler, faute de solution alternative. Car aujourd’hui, personne ne prend plus sa voiture par facilité ou confort.

En fermant les voies sur berge à la circulation, vous reconstruisez des barrières héritées d’un autre âge entre les territoires. Vous bunkérisez – assez cyniquement d’ailleurs – la capitale tout en prétendant dans d’autres cénacles défendre la métropole du Grand Paris et la solidarité avec les départements limitrophes. Quelle hypocrisie !

La fermeture sans préparation et concertation de la voie Georges Pompidou ne crée pas que des embouteillages monstres, comme on le constate déjà quotidiennement. Elle rajoute aussi des milliers de voyageurs dans les trains Paris-Banlieue et les RER, déjà bondés, et dont la rénovation a été totalement délaissée par le précédent exécutif régional, vos propres amis politiques. C’est précisément ce point qui a largement contribué à motiver l’avis négatif de la commission d’enquête, qui estime que la fermeture des voies sur berges  – et c’est évidemment le bons sens même – devait être précédée d’une amélioration significative, en qualité comme en quantité, de l’offre de transports en commun en région Ile de France.

Mais vous vous entêtez car vous êtes atteinte d’un mal dangereux en politique que le philosophe ENTHOVEN appelle le « cratylisme » : pour régler un problème – les conséquences de la voiture sur la santé publique, dont chacun s’accorde à dire qu’elles sont négatives – il suffirait simplement d’imposer une solution. Mais la solution ne règle pas le problème. Faute de concertation et de préparation, elle l’aggrave ou le déplace.

L’étude Systra commandée par la Ville de Paris dans le cadre de l’enquête publique a ainsi  démontré qu’une fermeture des quais rive droite aurait comme conséquence d’augmenter le trafic de 670 voitures par heure sur les quais rive gauche (vers l’ouest), de 360 voitures par heure Boulevard Saint-Germain pour ne citer que ces deux exemples, avec un report des ¾ des véhicules sur les 5e, 6e et 7e arrondissements.

Or, ces reports de circulation vont détériorer la qualité de l’air. La santé des habitants de la rive gauche vaut bien celle des habitants de la rive droite, et vice versa. Vous déplacez seulement le problème, vous ne le résolvez pas.

Les reports de circulation et l’embolisation du trafic ont évidemment un impact déjà mesurable sur les activités des petits commerces et des artisans, que vous prétendiez défendre lors de votre passe d’armes avec Emmanuel MACRON sur les ZTI.

Enfin, dans un contexte de menace terroriste, et d’état d’urgence, les embouteillages constituent de dangereuses menaces pour l’efficacité du travail des secours.

Alors, puisque vous vous entêtez, contre le bon sens lui-même, actez au moins, Madame la Maire, sans aucune ambiguïté, le principe de la réversibilité de votre projet.

Comme le préconise le Préfet de Police, Michel CADOT, il faut que nous puissions disposer d’une vision très précise de l’impact de la piétonisation des quais sur la qualité de vie des Parisiens et des Parisiennes, et donc pouvoir imaginer le principe de la réversibilité du projet. Et j’espère que Christophe NADJOVSKI, adjoint en charge des Transports, se sentira lié par l’avis du Préfet rendu à l’issu de la période d’essai, contrairement à ce qu’il a avancé de manière peu républicaine le 21 septembre dernier.

Le Conseil de Paris va aujourd’hui se prononcer sur le déploiement de capteurs pour mesurer la qualité de l’air sur les quais hauts de la rive droite et sur les zones touchées par les reports de circulation. Comme mon collègue Maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre LECOQ, je souhaite que le Boulevard Saint-Germain fasse l’objet d’une attention toute particulière. Je rappelle par ailleurs qu’avec NKM  nous avions réclamé l’installation de ces capteurs dès le début de l’année pour avoir une idée de la situation avant la piétonisation. Sans disposer de références fiables, on reste quand même perplexes sur la mesure de l’impact de la piétonisation sur la pollution. Il en va de même pour les nuisances sonores.

De son côté, la Région, qui est la collectivité chef de file pour la protection de l’air, vient de créer un « comité d’évaluation régional indépendant » pour analyser les conséquences de la piétonisation en matière de pollution, de bruit et de trafic. Là encore, on ne peut pas faire l’économie d’un travail de concertation entre les élus des différentes collectivités qui composent la région.

Madame la Maire, en refusant le débat avec votre opposition, en refusant de prendre en compte l’avis de la commission d’enquête publique et en restant sourde à l’inquiétude des élus de la petite et de la grande couronne, vous prenez en otage le sujet majeur de la santé des Parisiens et des Franciliens, dont vous n’êtes pas l’exclusive propriétaire.

Sauf à ce que vous soyez thaumaturge et guérissiez les conducteurs franciliens malades en apposant les mains sur les voitures pour les faire disparaitre, hypothèse quand même sérieusement envisagée par Monsieur NADJOVSKI avec la fumeuse théorie de l’évaporation des voitures, eh bien oui, Madame la Maire, il faudra revenir dans 6 mois avec un vrai projet, concerté et préparé sérieusement, en concertation avec la Région et les communes limitrophes.

 



 
 
 

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