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Cérémonie pour la commémoration des enfants juifs

Monsieur le Président,
Madame la Secrétaire générale,
Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs d’établissement scolaires,
Mesdames et messieurs les élus,
Chers amis,

« Vous direz qu'on peut tout enlever à un être humain, tout sauf sa mémoire. On lui enlève d'abord sa qualité d'être humain et c'est alors que sa mémoire le quitte. Sa mémoire s'en va par lambeaux, comme des lambeaux de peau brûlée. Qu'ainsi dépouillé il survive, c'est ce que vous ne comprenez pas. C'est ce que je ne sais pas vous expliquer ». Par ces mots, Charlotte DELBO,  femme de lettres et résistante déportée aux camps d’Auschwitz-Birkenau puis de Ravensbrück, rappelle combien la mémoire et la force de l’écrit permettent d’affronter l’horreur du quotidien au sein des camps de concentration. Afin de faire perdurer ce travail et ce devoir de mémoire, une plaque au nom de  Charlotte DELBO sera dévoilée au 33 rue Lacépède où elle vécut les 25 dernières années.

71 ans se sont écoulés depuis la découverte des camps de concentration par les Alliés. En pénétrant dans ce qu’il reste de ces sombres lieux, le monde occidental découvre le sommet de l’horreur de la barbarie nazie. A Auschwitz, 1,3 millions de juifs ont trouvé la mort. Entre 1942 et 1944, 14000 enfants juifs français seront déportés dont 6200 rien qu’à Paris. Dans le tournant de la guerre en 1942, les Juifs français n’étaient plus seulement tenus d’être recensés sur des registres et contraints à porter l’Etoile Jaune : à la honte de ces conditions de vie s’ajoutait désormais la peur d’une rafle. Ne l’oublions pas : dans la France occupée, le régime nazi a pu compter sur la collaboration de l’État Français, le régime de Vichy. Comment oublier la rafle du Vel d’Hiv ? Comment oublier les dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dont on frappera à la porte au petit matin pour les emmener de force ?

Comment oublier ces familles qui se sont quittées dans un dernier adieu pour ne plus jamais se retrouver ? Le Président Chirac, dans son allocution lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, en juillet 1995, avait alors trouvé les mots justes : « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. ».

De ces heures noires et de l’horreur qui les accompagne, les enfants juifs  en sont les premières victimes. Loin des cours d’écoles et d’immeubles où ces enfants oublient le quotidien pour s’en inventer un autre, la réalité de la guerre rattrape leur existence jusqu’à la supprimer.

Dans le 5ème arrondissement, 117 enfants juifs seront déportés par les nazis et l'État français de Vichy. Parmi eux, 13 enfants juifs qui n’avaient pas encore l’âge d’être scolarisés. Ils avaient l’âge de découvrir la vie et d’appréhender ce qu’elle a de plus beau à offrir : ses premiers instants, ses premiers souvenirs et ses premières joies.

Ces 13 enfants juifs du 5ème arrondissement n’auront pas le temps de grandir. Pas un ne reviendra des camps de la mort.  Je veux ici rappeler leur mémoire :

  • Marcel CHAZENFUS, 5 ans.
  • Eliane Rachel COHEN, 3 ans.
  • Jacques FISZEL, 5 ans.
  • Michèle GOLDBERG, 4 ans.
  • Bernards GOLDENCWAJG, 5 ans.
  • Irène PYTEL, 4 ans.
  • Rosette PYTEL, 1 an.
  • Arnold RUBINSZTEJN, 3 ans.
  • Daniel STEINSCHNEIDER, 6 ans.
  • Francine SZAPIRO, 3 ans.
  • Germaine ULLREICH, 3 ans.
  • Nathan WAKZUL, 4 ans.
  • Smil WIEDER, 4 ans.

71 ans plus tard, la France affronte les ombres de son passé et panse ses plaies. La douleur des rescapés et l’horreur de leurs récits ont éveillé nos consciences et nos mémoires.  Les feux de la seconde guerre mondiale se sont éteints, et sur les cendres de l’Occupation, la République et la démocratie ont repris place. 71 ans plus tard, la devise républicaine orne toujours et fièrement les frontons de nos mairies. 

Cependant, restons vigilant ! Si la France peut panser ses plaies, ses cicatrices sont là pour nous rappeler qu’elles peuvent à tout moment se ré-ouvrir. Les ombres du passé auxquelles nos consciences ne sauront se soustraire peuvent toujours souffler sur la flamme de la République. Il faut rappeler la montée des extrêmes, la menace terroriste et le péril de la haine de l’Autre auxquels fait face notre pays. Il faut rappeler les victimes des attentats de l’Hyper Cacher en janvier dernier. J’étais présente à la cérémonie de commémoration il y a quelques jours, et j’ai pu ressentir cette émotion toute particulière. Il faut rappeler les attentats de novembre qui ont fait couler le sang de la jeunesse parisienne sur les trottoirs, les cafés et les salles de concert. Il faut rappeler enfin ces agressions antisémites, insupportables et encore bien trop nombreuses, qui touchent nos compatriotes juifs. Je pense à cet enseignant agressé récemment à Marseille car il portait une kippa.

Le repli sur soi, le racisme et l’antisémitisme sont des pièges meurtriers dont l’Histoire de France nous a tant enseigné les périls. A l’obscurantisme de la haine, nous opposons la lumière de la République. Au fanatisme des groupes, nous adressons les voix de la démocratie. Et aux fléaux de la haine, nous répondons par la justice.

Dans le 5ème arrondissement, siège des 3 grandes religions monothéistes, catholiques, juifs et musulmans se côtoient et ont leurs lieux de culte parfois à quelques centaines de mètres. Ils vivent dans une coexistence républicaine. Aux antipodes de l’intolérance et de la négation de l’autre qui ne font que nourrir l’obscurantisme et la haine, la tolérance, l’ouverture et la découverte de l’autre sont les maîtres-mots de l’histoire et de la vie de notre arrondissement.

Je me félicite de ce dialogue intercommunautaire, au cœur d’une richesse culturelle commune. C’est là un formidable message d’espoir et de vivre-ensemble.

Car nous ne pouvons accepter que certains de nos compatriotes aient à souffrir du fait de leur religion, de leur origine ou de leur apparence. 

Si la sécurité est la première des libertés, la liberté est la qualité propre à l’homme. Face aux violences, à l’antisémitisme et l’obscurantisme, tachons que la flamme de la République et la lumière de nos idéaux puissent rayonner et nous réunir autour des valeurs communes qui sont les nôtres.

A l’heure où la France semble douter et être tentée de se replier sur elle-même, nous devons faire en sorte que le dialogue républicain soit conduit plus que jamais dans nos villes et nos territoires. Plus que jamais les réponses apportées aux violences qui ne se fondent que sur la haine de l’autre doivent trouver des actes forts de la part de la République. Plus que jamais la République laïque doit assurer auprès de chacun sa liberté de culte. Et plus que jamais nous devons nous rassembler autour de ce qui forge l’identité de notre république : la liberté, l’égalité, et la fraternité.



 
 
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